Laurent GRIMA

Pas de commentaire

répond à mes questions.


VOULIEZ-VOUS DEVENIR ÉCRIVAIN QUAND VOUS ÉTIEZ PETIT ? À QUEL ÂGE AVEZ-VOUS COMMENCÉ À ÉCRIRE ?

Bonjour Elodie, et bonne année 😊

Pour être honnête, quand j’étais petit et en bon marseillais, je voulais plutôt devenir footballeur professionnel (et de “l’Ohème”, évidemment !). Ce qui est vrai aussi, c’est que j’ai toujours été lecteur. Le plaisir de lire a clairement été ma porte d’entrée vers l’écriture. J’ai vraiment commencé à écrire dans mes années lycée. Mais longtemps de manière inaboutie, et surtout des scénarios de films ! Mes premières histoires étaient en effet dédiées au cinéma (j’ai d’ailleurs réalisé un court-métrage). Au final, l’écriture romanesque m’est venue sur le tard, il y a sept ans à peine !


QU’EST-CE QUI VOUS A DONNÉ ENVIE D’ÉCRIRE ?

Je ne sais pas dire pourquoi j’écris avec précision. Les motivations profondes sont parfois très… “profondes” ! Le plaisir d’inventer une vie plus belle que ce qu’elle est reste sans doute un vrai moteur. L’envie de provoquer des émotions chez mes lecteurs aussi, très largement. Une motivation plus intime me renvoie aussi (merci la psychanalyse !) à ma peur de la mort. Semer des histoires qui me survivront me rassure dans un faux sentiment d’immortalité.


Y A-T-IL DES MANUSCRITS QUE VOUS AVEZ ÉCRITS, MAIS QUI N’ONT PAS ÉTÉ PUBLIÉS ? POUR QUELLE RAISON ?

Non. Déjà parce que je n’écris pas autant que je l’aimerais (le métier qui me nourrit est celui d’éducateur spécialisé et il est chronophage et énergivore). Et puis aussi parce que j’aime aller au bout des choses. Publier mes livres est donc un objectif incontournable. Mon second roman, qui bénéficie pourtant de beaux retours, a été par exemple autopublié faute d’avoir trouvé un éditeur à mon goût.


ÊTRE ÉCRIVAIN, C’EST PLUS UN MÉTIER OU UNE PASSION ?

Qui dit métier dit être payé pour son activité. Or à ce jour, je ne vis pas encore de ma plume. Cela reste un objectif, clairement ! Pour cela j’ai besoin de gagner un plus grand nombre de lecteurs et un éditeur de confiance pour m’accompagner et me défendre. Reste donc pour l’instant la passion. Qui n’écrit pas ne connait pas le sentiment puissant de raconter des histoires et de mesurer leur impact sur les lecteurs. Cela en est presque une drogue. Ecrire, c’est être par ailleurs “Dieu sur terre” et les seules limites sont celles fixées par notre imagination. C’est un sentiment grisant.


AVEZ-VOUS D’AUTRES PASSIONS QUE L’ÉCRITURE ?

Je suis un passionné de façon générale. Tout ce qui peut me faire vibrer m’intéresse. Le sport (notamment le handball et donc le football, on ne se refait pas !) prend une place énorme dans ma vie. Mais je suis aussi un amoureux des voyages par exemple ! Mon envie de mouvement prend d’ailleurs de l’ampleur avec l’immobilité relative dictée par la crise sanitaire !


QUELS SONT LES BONS ET LES MAUVAIS CÔTÉS DU MÉTIER D’AUTEUR ?

Le bon côté, c’est que la part créative ne dépend que de soi. Pas besoin d’acteurs, de techniciens. On est seul devant son ordinateur, et cela simplifie beaucoup les choses. Par ailleurs, éditer un roman coûte finalement peu comparé aux autres disciplines artistiques. (Re)vivre, mon premier roman a d’abord été un scénario de film qui débute par un accident de voiture. La mise en place d’une telle scène coûte un bras (voire les deux !) au cinéma. Dans un roman, je peux y rajouter une invasion de martiens sans dépenser un centime ! Cette liberté de créer est extrêmement agréable. A l’autre bout de la chaîne, lire les retours des lecteurs accélère les battements de cœur. C’est jouissif de mesurer le plaisir dont on est à l’origine. Et que dire de ces commentaires qui nous apprennent qu’à travers la lecture de notre livre, des lecteurs ont su trouver la force de changer de vie ! Le revers de la médaille, c’est que l’écrivain devient très vite dépendant. Dépendant d’un éditeur, dépendant des lecteurs, des chroniqueurs(ses), du succès. Dès lors que l’on prend la décision de s’exposer, il faut “s’attendre à attendre”, souvent, et parfois à souffrir. Ecrire, c’est aussi partir “à la bagarre” avec les autres auteurs (qu’on se rassure, c’est du sens très figuré). L’offre est si grande depuis le boom de l’autoédition. Il est dur d’exister et cela demande parfois des efforts qui peuvent être épuisant.


QUELLES SONT VOS HABITUDES D’ÉCRITURE (LIEU, MOMENT DE LA JOURNÉE, EN MUSIQUE) ?

Je n’ai pas de réelles habitudes d’écriture parce que j’écris avant tout quand je peux le faire. Comme je le dis souvent, je suis un “voleur de temps”. Et vu que je vis en permanence avec mes histoires, tous les lieux et tous les moments sont bons : au bureau, en voiture, sur une plage, dans une salle d’attente… dès que j’ai une idée ou bien cinq minutes de disponibilité ! Ceci-dit, il arrive parfois que les conditions soient optimales. Dans ce cas le contexte le plus propice reste mon bureau, dans l’après-midi, avec une playlist Deezer et un bon thé chaud !


QUEL EST VOTRE PROCESS D’ÉCRITURE ? (PLAN, IMPROVISATION, RECHERCHES)

Je n’ai pas de process particulier. Je reste beaucoup dans l’intuition. A vrai dire mes premières amours cinématographiques font que j’ai une approche assez visuelle de l’écriture. Je pars souvent d’une image de début et d’une image de fin, ou bien d’une phrase de début et une phrase de fin. Il ne me reste plus qu’à remplir ce qu’il y a entre ! 😊 Plus sérieusement. La gestation est assez lente. Mais quand je me mets à écrire j’ai suffisamment intégré mon personnage principal et les scènes les plus importantes qu’il ne me reste plus qu’à mettre en forme. Parfois, lorsque je bloque sur une situation, je m’accorde une pause (une ballade en nature est excellente pour cela) et les choses se dénouent assez simplement. J’écris assez lentement car je m’attache beaucoup à la musique des phrases. Et parfois, un simple mot ou une virgule peuvent mettre à mal cette musique. Je travaille et retravaille ainsi mes phrases jusqu’à ce qu’elles sonnent “juste”. Tout est question de dosage !


OÙ TROUVEZ-VOUS VOTRE INSPIRATION ? AVEZ-VOUS DES MOMENTS OÙ L’INSPIRATION NE VIENT PAS ?

Je compare souvent l’inspiration à une pompe d’extraction d’eau : dès qu’elle est amorcée, il n’y a plus de problème, ça sort tout seul ! Cela se vérifie à chaque fois. Globalement, lorsque je suis en phase d’écriture, je reste “en charge” jusqu’à la fin et s’il m’arrive naturellement quelques pannes, elles se débloquent toutes seules en quelques jours. J’essaie juste d’avoir une relation de confiance avec mon histoire. Les idées font parties intégrantes de la nature humaine et sont soumises aussi à la sélection naturelle. Si ce sentiment de panne dure longtemps, une scène ne marche pas ou un personnage n’est pas crédible au bout de quelques temps, alors c’est que la scène ou le personnage sont à rayer et il convient de repartir sur une autre orientation, plus juste. L’histoire vous le rendra.


VOS HISTOIRES SONT-ELLES TIRÉES DE FAITS RÉELS, D’ANECDOTES PERSONNELLES ?

Le premier talent d’un écrivain, c’est de bien voir le monde qui l’entoure. La moindre scène du quotidien peut déboucher sur une situation de roman. Tout cela est devant nous, sous nos yeux : la dispute dans la voiture d’à côté dans un embouteillage, le sujet anodin au JT… Il faut apprendre à s’imprégner de la vie et du vivant. Pour autant, il y a très souvent des faits purement imaginaires dans mes histoires, liés à des désirs, des envies. En même temps, il y a aussi beaucoup de moi-même, de manière éparse. Je suis présent partout, dans tous les personnages, de façon plus ou moins évidente. Par exemple, pour la petite histoire, si je n’ai pas connu le drame vécu par Thomas le personnage de (Re)vivre (Dieu merci !), il n’en reste pas moins que plusieurs blessures de sport m’ont fait connaître et les services de réanimation et les centres de rééducation. Ce que j’y décris, c’est aussi ce que j’ai vécu. Et Marie, mon personnage féminin, a quelque part existé également. Je me suis imprégné aussi de tout ce que j’avais ressenti à la mort de mon père pour nourrir la partie de la mort du père de Tino dans Les trois vies de l’homme qui n’existait pas…


QUEL EST LE LIVRE QUI A ÉTÉ LE PLUS DIFFICILE À ÉCRIRE ? ET LE PLUS SIMPLE ?

Le livre qui a été le plus simple à écrire, c’est évidemment le premier (Re)vivre : je connaissais l’histoire par cœur, dans ses moindres rouages. C’était donc un scénario écrit en 2003 et qui avait su accrocher pas mal de professionnels du cinéma. En 2014, j’ai remporté un concours de nouvelles – dont le parrain était Michel Bussi qui continue encore à me suivre et à me soutenir – et j’avais six mois pour écrire mon premier roman. J’ai donc opté pour la facilité avec ce texte que je n’ai eu qu’à adapter. Le second, Les trois vies de l’homme qui n’existait pas a été beaucoup plus long à voir le jour. Je suis parti de zéro et il a été écrit qui plus est dans le contexte douloureux de la maladie, puis de la mort de mon père.


AVEZ-VOUS UNE PRÉFÉRENCE POUR L’UN DES ROMANS QUE VOUS AVEZ ÉCRITS ? SI OUI, LEQUEL ET POURQUOI ?

Je n’en ai pas écrit encore une vingtaine, alors c’est dur de se positionner. J’ai une vraie relation paternelle avec mes romans. (Re)vivre, je l’aime parce que c’est le premier et que c’est à titre personnel, le tout début de ma belle histoire avec la littérature. Il n’est pas exempt de défauts, comme tous les premiers romans, mais je l’assume et je le défends totalement, d’autant plus que j’ai gagné mes premiers lecteurs et mes premiers prix grâce à lui ! Sans lui, je ne serai pas là à répondre à ces questions. Les trois vies de l’homme qui n’existait pas, j’y suis profondément attaché par rapport à son histoire. Il a accompagné mon deuil et il m’a permis de rendre hommage à mon père, à qui il est dédié. Je disais que mes livres étaient beaucoup imprégnés de moi. Celui-ci l’est aussi beaucoup de mon père. Et ce récit me permet d’y défendre des valeurs très personnelles : le rapport à la nature, le respect de notre présence sur terre et le besoin de faire une belle chose de notre passage, la filiation, la place de la femme dans le monde, la nécessaire lutte contre les excès de la société… Bref, c’est mon deuxième bébé quoi 😉 ! Qui peut dire qu’il préfère l’un de ses enfants par rapport à l’autre ? Et pour le prochain, ce sera encore la même chose !


AVEZ-VOUS DÉJÀ PENSÉ À ARRÊTER L’ÉCRITURE ? SI OUI, POURQUOI ?

Je ne suis pas sûr de pouvoir assumer de tout plaquer un jour. Bien sûr, quand le destin m’est contraire, quand cela ne se passe pas comme prévu ou que je passe à côté d’un prix littéraire, j’ai envie de tout balancer. Ecrire demande une telle discipline, une telle énergie psychique, cela déborde tellement sur les autres aspects de ma vie personnelle, comme ma vie familiale, que s’en libérer peut être très tentant. Mais l’écriture est devenue tellement “moi” et concourt tellement à mon identité que m’en priver reviendrait à se priver d’un membre de mon propre corps, alors… Je suis convaincu que nous portons tous un ou plusieurs talents, qui rendent notre présence sur terre unique. Certains cherchent ce talent tout au long de leur vie. Moi, je l’ai trouvé, et c’est raconter des histoires. Je n’ai pas le droit de ne rien en faire.


AVEZ-VOUS UN OU DES NOUVEAU(X) PROJET(S) EN COURS ? UNE IDÉE DE LA DATE DE SORTIE ?

Je suis en cours de finalisation de la première version de mon troisième roman, avant la traditionnelle phase de réécriture. Cette histoire va me permettre de revenir aux sources, là où tout a commencé, tout en développant mes principaux thèmes de prédilection. Il devrait sortir dans le courant du second semestre en principe, mais chût !…


UN DERNIER COMMENTAIRE ?

Je voudrais dire aux lecteurs que le monde de la littérature leur appartient. Ils ont le pouvoir d’en tracer les contours. S’ils veulent seulement profiter de quelques têtes de gondole qui trustent les palmarès et sortent un livre par an, toujours les mêmes, cela leur appartient. Mais ils peuvent aussi prendre davantage de risques, fouiner, rechercher et s’ouvrir à de nouveaux auteurs. En France notamment nous avons de la chance : de véritables pépites se cachent un peu partout dans les librairies et sur les plateformes de vente (même si on y trouve aussi et hélas certaines horreurs !). Et avec elles, autant de regards singuliers sur le monde, de façons d’émouvoir, de fraîcheur… Donner sa chance aux auteurs pas encore très connus, c’est œuvrer pour une offre littéraire dense et riche, c’est aussi renforcer les petites maisons d’édition, cela fait du bien à tout l’écosystème !


BIBLIOGRAPHIE

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s