Laurine VALENHELER

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répond à mes questions.


Parlez-nous un peu de vous, qui êtes-vous ?

Jeune femme de 24 ans expatriée aux Pays-Bas se cherchant perpétuellement des nouveaux buts à atteindre dans la vie (avec plus ou moins de succès), j’ai un faible pour la littérature, la criminologie, le cynisme et les golden retrievers.


Vouliez-vous devenir écrivaine quand vous étiez petite ? À quel âge avez-vous commencé à écrire ?

J’ai toujours eu un faible pour les livres ; une attraction d’autant plus viscérale que je ne suis pas née dans un milieu familial et social enclin à me pousser à la lecture. Pour des raisons personnelles, m’exprimer par écrit était (et est toujours) d’abord une façon d’organiser des pensées qui se transforment en un flot de paroles pas toujours très bien articulées lorsqu’elles émergent à l’oral.

Quand l’envie de raconter des histoires et de partager des idées et des émotions est apparue, je me suis lancée sans me poser plus de questions. J’ai écrit mon premier roman (seule la forme permet de qualifier ce texte complètement insipide en tant que tel…) à l’âge de 11 ans.


Et qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ?

C’était une idée qui me trottait depuis longtemps dans la tête, mais c’est la lecture d’Entre chiens et loups, la dystopie jeunesse de Malorie Blackman, qui a provoqué le déclic. J’ai su que je voulais prendre la plume pour traiter, à travers la fiction, de thèmes sociaux avec réalisme, sans concession ni édulcoration ; que s’il devait y avoir un fil conducteur, un catalyseur, ça ne pouvait être que celui-ci. Plus que la perspective d’un accomplissement, c’est d’abord une intention qui m’a poussée à écrire.


Y’a-t-il des manuscrits qui n’ont pas été publiés ? Pour quelle raison ?

Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang est mon premier roman publié, mais il a en réalité cinq grands frères et sœurs qui le précèdent ; des manuscrits tous achevés, plus ou moins à l’état de premier jet, mais conservés au fond d’un tiroir virtuel dont

j’ai jeté la clé pour toujours. Écrits pendant mon adolescence, ils appartiennent à une période de ma vie révolue et reflètent la vision du monde d’une personne qui, finalement, n’existe plus. Cela reviendrait à reprendre les manuscrits d’une étrangère. Et puis mon style et mes compétences ont, je l’espère, beaucoup évolué depuis ; je suis sûre que je me ferais peur en me relisant. Ces premiers brouillons n’étaient avec le recul des années que des moyens, pas la finalité.


Pour vous l’écriture, c’est plutôt un métier ou une passion ?

C’est un métier passionnant. 

Tout ce qui tourne autour des mots (et constitue finalement le socle de toutes les activités professionnelles entre lesquelles je me partage) est une passion, mais accomplir des tâches relatives à la langue réclame l’acquisition de tant de compétences sur le long terme que la vocation ne suffit pas : il faut se former en continu, et le concept de formation est intrinsèquement lié à celui de profession. Parler de passion pure reviendrait à nier tout le sérieux et l’implication que cela demande.


Quels sont pour vous les bons côtés ? Et les mauvais ?

Les bons côtés sont multiples : déjà, quand on aime la langue, les mots, leurs consonances et leurs significations, l’écriture de fiction est le plus vaste, le plus jubilatoire et le plus exhaustif des terrains de jeu. Le simple fait d’écrire est un accomplissement en soi, la publication en est un autre, et je crois qu’il est très important de dissocier les deux. La dimension de partage entre alors en scène. Les retours des lecteurs sont plus que de simples avis : ils sont un fil tendu entre l’auteur et le lecteur, entre la fiction et la réalité.

Pour ce qui est du mauvais, la question me tend une perche pour m’aventurer sur le terrain des very unpopular opinions.  Disons qu’il y a un décalage entre ce que l’on peut attendre du milieu littéraire, des rencontres que l’on peut y faire, et la réalité plutôt décevante, sur le plan humain notamment, à laquelle peut se heurter l’idéalisme des débuts…


Avez-vous des habitudes d’écriture ? Quelles sont-elles (lieu, moment de la journée, en musique) ?

Je n’écris que chez moi, dans un environnement soigneusement feutré et ordonné, mais j’aimerais y remédier à l’avenir, surtout maintenant que je me suis rapprochée de la mer.

Il me faut un fond musical pour me mettre en forme, mais je sais qu’une session d’écriture a été vraiment immersive quand je relève la tête quelques minutes/heures plus tard et réalise que je n’ai pas du tout eu conscience des sons qui défilaient. Et bien sûr, pas le moindre objet ne doit traîner sur le bureau… Mon environnement doit être immaculé. Et s’il y a du thé dans les parages, c’est encore mieux.


Avez-vous un process d’écriture ? Quel est-il ?

Je suis une structurelle jusqu’au bout des touches. Tout est planifié et découpé à l’avance selon un plan très précis et une méthode bien particulière. Appliquer cette méthode peut paraître scolaire, mais m’occuper du fond en amont me permet durant la phase d’écriture à proprement parler de concentrer toute mon énergie et mon flux créatif sur la forme, qui est l’aspect le plus important à mes yeux.


Où trouvez-vous votre inspiration ? Avez-vous des moments ou l’inspiration ne vient pas ?

Puisque j’écris du récit réaliste et social, je trouve mon inspiration dans la vie de tous les jours, dans les rencontres que je peux faire, dans ce que j’entends, lis, vois, et ce qu’on me confie. L’époque me donne largement matière à exploiter…

Je ne crois pas avoir de mal à trouver l’inspiration, cependant il m’arrive fréquemment de rencontrer des blocages car je peux vite me sentir submergée par l’ampleur de la tâche et les erreurs potentielles à éviter.


Vos histoires sont-elles tirées de faits réels, d’anecdotes personnelles ? Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir ces sujets ?

Mes personnages sont fictifs (et jamais inspirés de proches, pour les principaux en tout cas), mais ce qu’ils vivent prend sa source dans la réalité ; c’est de toute manière un prérequis quasi inévitable lorsqu’on prend le parti de se concentrer avant tout sur la dimension psychologique du récit.

J’ai toujours eu une sensibilité particulière pour les thèmes touchant à la discrimination et à la misère sociale. Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang est né du constat de la sous-représentativité, sinon la caricature, des personnages homosexuels en littérature noire… S’est alors imposée l’idée d’une intrigue policière autour de crimes en série homophobes portée par un couple de flics homosexuels. Comme une étoile qui s’éteint dans la nuit, mon prochain roman à paraître, reprend la même équipe de personnages et traite cette fois d’un panel de thèmes sociétaux plus étendu autour de plusieurs histoires qui se télescopent jusqu’à n’en former plus qu’une seule.


Y’a-t-il un livre qui a été plus difficile à écrire ? Et un plus simple ?

Même si c’était un torchon, mon tout premier roman a été extrêmement facile à écrire. Plus j’avance, plus l’écriture m’est compliquée et me demande un effort de concentration et de mise en perspective considérable. Comme une étoile qui s’éteint dans la nuit bat tous les records en la matière : j’ai mis un temps fou à m’y coller malgré un plan déjà établi depuis des lustres, et une fois le premier jet terminé, j’ai rencontré un énorme blocage au moment de le retravailler. J’étais à l’affût du moindre de mes défauts, surtout ceux qui m’ont été reprochés relativement à Ils se marièrent…, et je ne me sentais ni à la hauteur de la tâche pour ce qui était de corriger l’avalanche de faiblesses qui m’avait sauté aux yeux après coup, ni capable de toucher les lecteurs que j’ai pu atteindre une deuxième fois, avec la même intensité. Au fond de moi, je sais que ces remises en question participent à l’amélioration de mon style et de mes compétences dramaturgiques, mais j’aimerais parfois retrouver cet état des débuts où le flux créatif était exalté, spontané, et où je regardais mon travail avec beaucoup plus de bienveillance.


Avez-vous une préférence pour l’un de vos romans ? Pourquoi ?

Sur un plan strictement objectif, je trouve Comme une étoile qui s’éteint dans la nuit plus réussi car plus équilibré. J’aime le tournant moins ample, plus tranchant, que prend mon écriture, mais aussi la vision extrêmement fataliste, une vraie tristesse douce-amère en BO sourde, qu’il reflète, tout en y laissant pénétrer une certaine lumière. À l’image de la vie.


Êtes-vous satisfaite du « succès » de vos livres ?

On ne peut pas parler de succès à mon échelle, surtout en se basant sur un seul roman qui a forcément bénéficié de l’effet « chance du débutant ». Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang a plutôt bien fonctionné alors que je n’ai rien clairement fait pour. Ma plus grande satisfaction dans l’histoire est d’avoir réussi à toucher des lecteurs aussi intelligents, aussi frénétiques d’une part, aussi critiques et aussi mesurés, d’une autre part. Maintenant, je n’ai plus qu’à espérer qu’ils seront là pour le deuxième volet…


Avez-vous déjà pensé à arrêter l’écriture ? Si oui, pourquoi ?

Au moins une fois par jour. Avec tous les romans qui existent et une offre littéraire de plus en plus pléthorique, je me demande parfois quelle peut être l’utilité d’une telle entreprise, vouée de toute manière à une éternelle forme d’insatisfaction. Et puis je me souviens qu’il y a toujours des idées, des concepts, des parti-pris à défendre, et, concernant le genre noir, des thèmes forts et un idéal d’équilibre entre fond et forme à défier. Le dernier argument relève de l’égoïsme pur : écrire m’équilibre, j’en ai besoin. L’acte en soi a quelque chose d’intensément structurant. J’aime trop les mots pour passer un seul jour de ma vie sans eux. Si j’essayais, je sais déjà que ce serait un fiasco.


Avez-vous un ou des nouveau(x) projet(s) en cours ? Une idée de la date de sortie ?

Comme une étoile qui s’éteint dans la nuit, l’opus qui fait suite à Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang, sortira à l’automne. Les événements relatés se déroulent plus d’un an après ceux du premier volet et s’appuient sur des thématiques de société plus universelles. Il dépeint également une enquête plus proche des investigations que les groupes d’enquêtes criminelles ont à effectuer dans la réalité (les tueurs en série, surtout en France, ne courent pas les rues).

Un troisième volet est en préparation et se rapprochera davantage du thriller, pétri d’une violence beaucoup plus radicale que tout ce que j’ai pu écrire jusqu’ici. Le thème est peut-être encore plus casse-gueule que l’homophobie, d’une actualité plus que brûlante (non, rien à voir avec le Covid…), et sera traité sous un point de vue assez clivant.


Autoédition ou maison d’édition ? Pourquoi ce choix ?

Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang a été auto-édité sans avoir été envoyé à des maisons d’édition au préalable, mais il l’a été après coup et j’ai enchaîné les silences et les refus. Comme une étoile qui s’éteint dans la nuit sera à son tour auto-édité sans soumission éditoriale préalable, ni postérieure cette fois. Actuellement, je ne pense pas que mon travail soit suffisamment solide ou fédérateur pour dépasser ce stade. À l’heure où l’on achète/vend davantage une personnalité qu’un texte, c’est aussi une question d’incompatibilité de profil : à moins d’avoir une plume absolument flamboyante, difficile d’être prise au sérieux quand on est une jeune femme de vingt-quatre ans qui écrit du roman noir, encore moins quand on n’a ni le charisme ni le caractère de l’emploi.

Dans l’absolu, il me semble que m’auto-éditer m’enlève, paradoxalement, pas mal de poids sur les épaules. En bonne maniaque du contrôle (ce n’est pas une qualité.), avoir la main sur toutes les étapes de A à Z me provoque l’effet opposé au stress souvent ressenti par les auteurs auto-édités : ça me tranquillise. Bien sûr, c’est chronophage, mais il faut savoir ce que l’on veut et en assumer les conséquences sans tomber dans le travers de jouer les poètes maudits… Et moi, je sais surtout ce que je ne veux pas. Néanmoins, ce n’est pas toujours facile d’être seule face aux aspects purement matériels tels que la communication, encore moins face à ses imperfections, ses velléités d’amélioration, son sentiment d’illégitimité… Quand un éditeur (dont vous estimez les collections et la ligne éditoriale ; si c’est juste être édité pour pouvoir se targuer d’être édité, cela ne rime à rien.) croit en vous, cela vous donne un sentiment de légitimité qui est, j’imagine, vecteur d’apaisement créatif.


Vous écrivez mais aimez-vous lire également ? Si oui quel type de romans ? 

Je n’imagine pas une seconde qu’un bon lecteur ne se cache pas derrière chaque bon auteur, et si j’en deviens une un jour, je sais que je le devrai en grande partie à ma culture littéraire. À l’heure actuelle, ayant un peu fait le tour du polar et du thriller ces trois dernières années et ayant accumulé les déceptions (concernant le style notamment : je pense que la littérature noire française mérite autre chose que du scénario sans plus-value stylistique et que la littérature de genre peut aussi briller par la forme sans se départir de sa dimension populaire, des auteurs comme Louise Mey, Marie Neuser, Joseph Incardona, Sophie Loubière ou encore Antoine Renand en sont la preuve…), je suis plus encline à m’orienter vers la littérature contemporaine.

Tous les genres réalistes sont susceptibles de m’attirer. Je suis plutôt une lectrice bon public sur le fond mais exigeante sur la forme, très à cheval sur le respect de l’esthétique des phrases. Pour me séduire, un auteur doit donner la priorité aux mots et aux idées pour mieux les investir au service de l’intrigue, et non l’inverse. J’attends d’être bousculée, poussée dans mes retranchements ; j’aime la radicalité.


Avez-vous d’autres passions ? 

Rien d’aussi fort que la littérature et l’écriture, mais j’aime énormément la musique (le hard-rock, surtout) et voyager.


Un dernier commentaire ?

Je crois que j’en ai déjà trop dit.


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BIBLIOGRAPHIE

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